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Hommage à Morihiro SAITO Sensei par Daniel TOUTAIN
Voici ici réproduit un hommage de
Daniel TOUTAIN donné à son maître
Morihiro SAITO Sensei. Celui-ci a été publié
dans les pages de SESERAGI, le magazine officiel de la Fédération
Française d'Aikido et de Budo, en Septembre 2002.
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Seseragi, numéro 29 - Septembre 2002
Morihiro Saito Sensei,
9ème Dan, s'est éteint à Iwama le 13 mai dernier à
l'âge de soixante quatorze ans. La disparition de ce Maître hors du
commun représente une perte immense pour le monde de l'Aikido et une
douloureuse absence pour nous ses élèves proches. Saito Sensei
a consacré cinquante six ans de sa vie à l'Aikido. Il avait
à tout juste dix huit ans lorsqu'il débuta dans le Dojo de O
Sensei à Iwama. Maître Saito y étudia aux
côtés du fondateur pendant vingt trois ans et fut le témoin
privilégié de l'élaboration de l'Aikido. A la disparition
du Maître Ueshiba, il eut la charge de son Dojo ainsi que de l'Aiki
Jinja, temple dédié à l'Aikido et construit à
proximité du Dojo. Saito Sensei a toujours fidèlement
préservé les techniques authentiques de son Maître. Je ne
l'ai jamais vu diriger un cours à Iwama ou un stage sans qu'il ne parle
à plusieurs reprises de O Sensei, sans qu'il ne se réfère
à son enseignement exact. Je n'oublierai jamais ce qu'il m'a dit la
première fois que je suis arrivé au Japon : "Le Dojo d'Iwama
n'est pas mon Dojo. C'est le Dojo du fondateur et je dois y enseigner
scrupuleusement ce qu'il y enseignait. Je ne peux pas faire quelque chose de
différent en créant mon propre style". Après quelque
instants il a aussi ajouté : "Il existe de très grands
professeurs d'Aikido, mais pour avoir été très proche de O-Sensei
je peux affirmer qu'aujourd'hui encore personne ne l'a
dépassé ou n'a même atteint son niveau". |
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Saito Sensei avait pourtant su innover en
associant une pédagogie moderne à l'Aikido traditionnel de
Maître Ueshiba. En effet, il disait que dans l'enseignement des armes en
particulier, il était difficile, voire dangereux, d'apprendre les
techniques tout de suite dans leur globalité. L'enseignement des armes
tel que lui-même l'a reçu de O-Sensei ne pouvait se transmettre
que de personne à personne, mais n'était plus possible lorsqu'il
s'agissait d'apprendre à un groupe. C'est ainsi qu'il a
élaboré une méthode pour que chacun puisse comprendre et
reproduire les techniques en les décomposant dans un premier temps. Par
exemple, en Aikijo, il expliquait souvent que le kata de O-Sensei connu sous le
nom du kata aux trente et un mouvements était un kata
exécuté de manière beaucoup plus fluide. Cela correspond
en effet à la forme plus avancée d'exécution, mais il l'a
décomposé en trente et une techniques pour en faciliter
l'apprentissage aux débutants. Et il a beaucoup ri le jour où un
éminent professeur a prétendu apprendre le kata trente et un
(sanjiu ichi no kata) directement du fondateur puisque lui-même
était à l'origine de cette dénomination. Il faut dire que
beaucoup de monde s'est inspiré de ses livres et de ses films, mais sans
toujours avoir tous les éléments, ce qui explique certaines
incompréhensions et déviances la plupart du temps. |
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 Saito Sensei lors d'un stage à Rennes. |
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Saito Sensei était un véritable
génie de la pédagogie. Il avait vraiment l'art de simplifier et
d'utiliser des explications très claires. De plus, il savait doser son
enseignement à bon escient et disait souvent qu'il ne faut pas chercher
à enseigner en une seule fois tout ce que l'on sait. Il montrait
qu'enseigner ne consiste pas à faire une démonstration de sa
propre habileté, mais à apporter à l'élève
juste ce dont il a besoin dans le moment. Aujourd'hui les cours de
pédagogie sont très à la mode et paraissent de plus en
plus élaborés. Maître Saito avait quant à lui
plutôt tendance à simplifier les choses en faisant surtout appel
au bon sens, bon sens qui vient tout naturellement si l'on possède une
connaissance sans faille de ce que l'on a à enseigner. Saito Sensei
avait aussi pour habitude de dire : " je suis un homme simple ". En fait, il ne
faisait jamais de grands discours sur la philosophie de l'Aikido. Il enseignait
par l'exemple, par son attidude dans la vie de tous les jours. Je pourrais
raconter une multitude d'anecdotes à ce sujet. Il était
très juste avec ses élèves et les traitait avec
égalité. Au Japon, il y a bien sûr plus d'égard vis
à vis des Sempais (anciens), mais Saito Sensei traitait ses uchi deshi
de la même façon. Même si certains d'entre nous
étaient plus proches de lui, il disait souvent qu'il considérait
tous ses élèves un peu comme ses enfants. Il
répétait aussi que chacun était libre et aurait toujours
sa place. |
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Maître Saito avait une connaissance
encyclopédique de l'Aikido. On pouvait le questionner sur n'importe
quoi, il y avait toujours une réponse claire, logique, évidente.
Il donnait tout et ne faisait aucun mystère. Au contraire, en restant
toujours très concret et très réaliste, il avait
plutôt tendance à démystifier beaucoup de croyances
erronées sur l'Aikido. On ne lui posait jamais de questions pendant
les cours, mais à d'autres occasions comme lors de repas ou d'autres
moments partagés ensemble. J'ai en souvenir toutes ces merveilleuses
soirées pendant lesquelles nous étions quelques Sempais
réunis autour de lui dans sa chambre d'hôtel lorsqu'il dirigeait
des stages en Europe. Là, les questions fusaient. Il y
répondait toujours avec générosité et nous avons
souvent poussé les meubles de sa chambre d'hôtel pour qu'il puisse
démontrer une technique et nous en montrer toutes les applications
possibles. Il aimait raconter cette histoire de deux samourais ennemis
traversant en sens inverse un pont suspendu qui n'offrait un passage que pour
un seul d'entre eux. Il nous montrait alors comment appliquer une technique
dans un espace très restreint. Il avait une telle connaissance et une
telle maîtrise que l'on avait l'impression que l'on arriverait jamais au
bout de son enseignement. Lorsque Saito Sensei parlait d'Aikido, il avait
toujours l'enthousiasme d'un débutant et le voir encore ainsi à
plus de soixante dix ans était pour nous une grande leçon. |
Le Doshu, petit-fils du fondateur, lors de la
cérémonie des funérailles. |
| Maître Saito est tombé malade fin 1996. Il a du
subir une grosse intervention chirurgicale pour soigner un cancer de
l'oesophage et il s'en était bien remis. Il devait rester à
l'hôpital pendant plus de trois mois, mais après seulement trois
semaines il a voulu rentrer à Iwama et le soir de son retour, il est
passé au Dojo pour démontrer les bases que l'on pratique chaque
jour à Iwama au début des cours. Il a ensuite confié le
reste de l'enseignement à son fils Hitohiro. Il était toujours
très fier de cela et répétait souvent que dans sa vie il
n'était resté que vingt et un jours sans mettre son keikogi. Il
s'était remis de cette opération de façon spectaculaire et
avait très vite repris ses cours et ses déplacements à
l'étranger. Je l'ai suivi la plupart du temps lors de ces
déplacements tout en continuant de me rendre très
régulièrement à Iwama pendant ces dernières
années. Il était étonnant de dynamisme et de
vitalité. Sa rechute a été brutale en Janvier dernier et
lorsque je suis allé le revoir en Février il ne pouvait plus
marcher alors que je suivais encore ses cours à Iwama trois mois
auparavant. Atteint d'un cancer des os, il devait souffrir horriblement, mais
ne le montrait pas. J'étais près de son lit, inquiet de son
état, mais c'est lui qui prenait de mes nouvelles, me demandant si tout
se passait bien pour moi.Chaque fois que quelqu'un lui demandait comment il se
sentait, il levait le pouce pour signifier que ça allait et on m'a dit
qu'il a même continué de faire ce geste lorsque il devait porter
un masque à oxygène dans les derniers moments. |
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Il a fait preuve d'un courage extraordinaire.
Lors de sa première opération il nous disait déjà
qu'il était très serein et n'avait pas peur de la mort. Il nous
racontait qu'il faisait des exercices respiratoires avant son intervention
chirurgicale et qu'il avait du expliquer à l'équipe
médicale subjuguée par son grand calme qu'il devait tout
simplement ce calme à l'Aikido. Saito Sensei est parti en vrai Budoka et
reste un exemple pour nous tous. Plus d'un millier de personnes étaient
présentes lors de la cérémonie officielle de ses
obsèques les 22 et 23 Juin dernier à Tomobe, près d'Iwama.
L'actuel Doshu et bien sûr de nombreux grands Sensei étaient venus
lui rendre un dernier hommage. Des messages sont arrivés du monde entier
et devant autant de monde il a fallu organiser les déplacements en bus
pour éviter les embouteillages avec les voitures. S'il y avait autant de
monde, ce n'est pas seulement pour ce qu'il représentait dans le monde
de l'Aikido. Tous ceux qui l'ont approché n'ont pu qu'être
séduits par son grand cur et par son honnêteté. |
Hitohiro SAITO Sensei, fils et successeur de
SAITO Sensei avec Daniel TOUTAIN lors de la cérémonie des
funérailles. Sa succession est maintenant plus que
dignement assurée par son fils Hitohiro Saito Sensei que j'ai
invité en France les 09, 10 et 11 Novembre 2002 pour diriger un grand
stage en hommage à Saito Sensei. Hitohiro Saito Sensei a vraiment
hérité de la technique de son père. Il a une
personnalité vive et très attachante. Je l'ai déjà
accueilli plusieurs fois à Rennes, mais c'est le premier stage qu'il
animera à l'étranger après le décès de
Maître Saito. Saito Sensei n'est plus, mais continue d'exister à
travers ses élèves. Fidèle à son Maître, il a
accompli son devoir jusqu'au bout. Qu'il repose maintenant en paix
auprès de O-Sensei. Je suis vraiment très affecté par
sa disparition. Il a occupé une place très importante dans ma vie
et restera présent dans mon cur à tout jamais.
Daniel Toutain 6ème Dan Iwama -
Japon Directeur Technique du groupe Iwama Ryu France
Pour tous renseignements concernant le stage dirigé
par Hitohiro Saito Sensei en France les 09, 10 et 11 Novembre 2002 : Tél
: 33(0)2 99 65 54 96 ou internet: http://aikido-France.net |
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